Le sujet anonyme séculier devra-t-il se satisfaire de la disparition de l’invisible, qui est désormais le présupposé de la vie commune ? C’est là qu’est la ligne de partage.
Si l’essentiel n’est pas de croire, mais de connaître comme l’exige toute gnose, il s’agira de s’ouvrir un chemin dans l’obscurité en usant de n’importe quel moyen, dans une sorte de bricolage incessant de la connaissance, sans disposer d’aucune certitude sur le point de départ et sans pouvoir davantage imaginer inclure un quelconque point d’arrivée. Telle est la condition à la fois humble et exaltante dans laquelle est plongé celui qui n’appartient aujourd’hui à aucune confession, tout en se refusant à accepter la religion — ou plus exactement la superstition — de la société.
C’est une voie difficile, sans nom ni point de repère qui ne soit crypté et strictement personnel.
Mais c’est aussi une voie où l’on rencontre le secours imprévu de voix similaires, comme dans une constellation clandestine. Je ne crois pas que l’on puisse espérer davantage dans la fraction temporelle où nous vivons. Pourtant, c’est déjà beaucoup.
C’est un grand jeu. Nombreux sont ceux qui l’ont pratiqué sans le proclamer au cours des siècles, mais qui, aujourd’hui, ne peut se montrer qu’avec impudence en pleine lumière.
Puisque je me suis déjà référé aux Remarques sur le Rameau d’or de Wittgenstein, c’est avec ses propres mots que je voudrais conclure, tel qu’on peut le lire dans ses notes : « On pourrait presque dire que l’homme est un animal cérémoniel. »
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